Bonjour,
Bien que je ne partage pas vos motivations qui ne reflètent qu'un certain déni de la réalité (on ne choisit pas de naitre malade par exemple avec une cuillère en argent dans la bouche), même si vous usez de ressorts juridiques érigeant en valeur suprême la liberté comme si "elle" pouvait vraiment exister pleinement. Je viens tout de même apporter non pas mon soutien, mais quelques réflexions voire quelques arguments allant dans votre sens.
Je suis née avec une maladie rare trop rare, inutile comme toutes les maladies. Depuis mes premiers mois de naissance j'ai dû fréquenter assidument les hôpitaux, vu tout un tas de "charlatans" et quelques médecins dans le sens le plus noble du terme (heureusement).
Aujourd'hui étant malade de plus belle, je me dis que la "solidarité" a parfois de sérieux loupés, de sérieux non sens. A quoi sert-elle aujourd'hui cette solidarité s'exprimant à travers la sécurité sociale notamment ?
Vivre entre pitié, mépris, et honte ? Le moins douloureux est encore de ne pas vivre. Mais les médecins (gracieusement payés par la sécu majoritairement) font l'autruche pour de l'argent. Disent qu'ils soignent mais dans certaines pathologies c'est peine perdue et ils le savent mais leur intérêt n'est pas de vous le dire. J'en veux à ces médecins qui vous obligent à errer enfant dans leur cabinet, font mine de vous soigner, vous obligent à vivre aux noms de grands idéaux humanistes -ou pas. Car je pense que les efforts déployés lorsque j'étais enfant, et qui ne sont plus là une fois qu'ils sont nécessaires lorsqu'il faut commencer à s'imaginer un avenir, ces efforts ont été motivés pour la plupart uniquement par l'argent. Je ne peux me l'expliquer autrement.
Je regrette d'avoir toutes ces années bénéficié de la sécurité sociale (et encore aujourd'hui) pour qu'aujourd'hui ma vie ressemble à une impasse ; je ne veux plus avancer, je n'ai aucun avenir et celui que l'on me proposait est encore plus humiliant. La vie n'est pour moi qu'une douloureuse expérience qui aurait pu être évitée, ma vie est un crève-cœur.
Je me souviens des écrits d'Albert Jacquard prônant le droit à la différence, prônant l'idée qu'une nation riche est une nation s'occupant de ses plus faibles sujets, de ses plus mal-nés. C'est beau, c'est vibrant, mais il n'a pas perçu que ces beaux sentiments avaient des limites. L'enfant puis plus tard l'adulte différent, n'éprouvent aucun réconfort dans la bonté humaine que d'autres lui servent. On ne vit pas pour exister, pour avoir la chance de respirer, on vit pour vivre et sans limite, on vit pour le bonheur le meilleur. Je meurs un plus chaque instant lorsque je contemple tout ce qui m'est inaccessible, tout ce que je ne peux pas oser. Une simple envie de courir, réfrénée par mon incapacité, l'envie d'aimer ne surtout pas y penser...
Il est cruel de faire aimer à un enfant la vie, dont il constatera plus tard qu'elle ne lui est pas permise dans sa dimension pleine entière. Un peu comme faire aimer la musique à un enfant dont on sait qu'il deviendra sourd. Je trouve cela cruel, bien plus cruel que de n'avoir jamais existé. Voilà ce qu'à permis cette solidarité, me montrer enfant ce à quoi je ne pourrai jamais accéder.
Alors sur ces motifs, même si VOS motivations sont un déni incroyable d'humanité, de réalité -je n'ai grand dieu pas choisi, souhaité naitre d'une part, et encore moins ainsi- je vous rejoins dans le fait et non sur le fond.
En l'absence de sécurité sociale, je n'aurai pas pu bénéficier de traitement, de soins, les enfants nés avec les pires pathologies ne vivraient peut être pas, mais est-ce si inhumain de refuser à une vie compromise d'avance, de se poursuivre dans la douleur, et la peine ? Même si la devise de l'Homme est Souffrir plutôt que mourir, mais à quoi bon souffrir puisqu'un jour nous mourrons tous ? La vie doit être belle, douce et heureuse car elle est aussi futile, inutile que les meilleurs exemples de matérialisme.
Les anti IVG sont particulièrement hypocrites, ils sacralisent la conception, la naissance, et ils oublient l'essentiel : la vie . Au lieu d'œuvrer pour la vie future, ils feraient mieux de travailler à la vie présente meilleure, un monde idéal même s'il ne peut être qu'un idéal.
La solidarité c'est permettre à chacun d'avoir une place dans la société, ni par pitié ni par exploitation. Or vu le marasme dans lequel je me trouve, je vis bien de la solidarité mais je ne la ressens absolument pas comme un élan d'humanisme. Mais plus comme de l'hypocrisie, de la part de personnes qui n'ont pas le courage de leurs opinions.
Sur l'accusation facile d'égoïsme, j'y ai déjà répondu dans le passé : quelle égoïste je suis, et Faraj Chemsi (qui a quitté la SS depuis des années) a traité aussi de ce sujet à sa façon : le dentiste est un égoïste. Mais je ne demande qu'à en reparler !
Supposez que je vois un mendiant assis sur le trottoir qui semble vraiment en mauvais point (il n'a rien mangé depuis longtemps). N'écoutant que mon bon cœur, je vais voler un pain à la boulangerie pour le lui donner ! Ai-je fait preuve de solidarité ? Et si le boulanger me rattrape à temps et m'arrache le pain volé, fait-il preuve d'égoïsme ? Il me semble que les réponses sont claires. Si j'avais vraiment voulu faire preuve de solidarité, j'aurais payé le pain avant de le donner au mendiant.
Mais maintenant, que fait l'État pour instaurer la "solidarité" ? Exactement ce que fait le voleur de pain ! Ce qui semble immoral quand c'est un voleur de pain qui le pratique est bizarrement très moral quand c'est l'État qui le fait - qui plus est à une bien plus grande échelle, et en outre pour des résultats assez lamentables. Ce que l'État appelle "solidarité" consiste à voler les uns au bénéfice des autres. Rien d'étonnant à ce que, d'un côté, les uns regimbent et cherchent à tout prix à échapper à cette "solidarité" forcée, et d'un autre côté que ceux qui sont ainsi assistés voient ça comme un dû de la société, ou s'ils ont plus de sensibilité (ce qui est le cas de Francine) ressentent cela "absolument pas comme un élan d'humanisme". Francine s'interroge à juste titre sur "cette solidarité s'exprimant à travers la sécurité sociale" justement parce qu'en fait ce n'est pas de la solidarité !
La vraie solidarité ne peut être que volontaire, en aucun cas cela ne peut être de la redistribution forcée comme la pratique l'État. "L'État (ou le socialiste, cela revient au même) promet la solidarité comme la prostituée promet l'amour" a dit un libertarien. L'État joue tantôt au bon samaritain, tantôt à l'assureur, pour des résultats douteux. Le pire est qu'il instaure une espèce de monopole de l'assistanat et de la solidarité, ce qui fait que les gens croient qu'il est indispensable dans ce rôle, et n'imaginent même pas que d'autres organisations pourraient exister (et existent déjà : mutualisme, assurance, solidarité privée, etc) et sont beaucoup plus efficaces tout en restant "morales", à l'inverse du spoliateur étatique. Quelques lectures à ce sujet : sur la "question sociale" et les plus faibles, la solidarité pour les libéraux.
Alors comment faire pour ceux "qui ne choisissent pas de naître malades" ? Qui voudrait s'occuper d'eux si l'État n'était pas là ? Si l'État n'existait pas, la société civile accoucherait de mécanismes d'assistance au moins aussi performants. Pour ceux qui naissent avec des maladies rares, une simple assurance prénatale (peu coûteuse car le risque est peu courant) suffirait (d'ailleurs ça existe déjà). Le mutualisme et la solidarité privée pourvoiraient au reste, leur action n'étant plus stérilisée par l'État. La seule utilité de l'État, c'est ce qu'on appelle le "monopole de la violence légitime" ; dès qu'il essaie de faire autre chose, non seulement il est immoral, mais de plus il est inefficace (en réalité son inefficacité découle directement de son immoralité, mais les politiciens sont experts pour cacher cela et faire croire que leur action est utile, voire indispensable).
Quant aux médecins, ni "gracieusement" ni "grassement" payés par la Sécurité sociale, il y en a de toutes sortes, des compétents et des incompétents, des salariés et des "à leur compte", des conventionnés et des "honoraires libres" (même si le milieu est déjà bien soviétisé lui aussi). La mauvaise médecine là aussi est causée par l'État, qui impose par exemple des coûts de consultations sans rapport avec la réalité (un coiffeur ou un plombier se font davantage payer qu'un médecin conventionné !) - les médecins me semblent donc difficilement motivés par l'argent ! Par ailleurs, il n'y a rien de mal à être motivé par l'argent : c'est moins immoral, si on fait bien son métier, que de se réclamer de la solidarité et de pratiquer la spoliation. Et enfin, la tradition médicale, avant qu'une bonne partie des médecins ne soient transformés en fonctionnaires par la Sécu, comportait une certaine solidarité (le serment d'Hippocrate exige que le praticien dispense ses soins à tous ceux qui en ont besoin, y compris aux nécessiteux). Le médecin (le patient aussi) est le bouc émissaire facile de tous ceux qui veulent cacher les horreurs intrinsèques de la SS collectiviste à la française.
A lire aussi, tous les billets que j'ai écrits sur les idées reçues concernant la SS.
La liberté, valeur suprême des libertariens ? Oui, chacun devrait être parfaitement libre tant qu’il ne nuit pas aux autres (principe de non-agression). Cela signifie-t-il que dans une société libérale certains soient libres de s’épanouir et d’autres libres de mourir dans leur coin ? Heureusement non (avant 1945 et l'instauration de la spoliation sociale il y avait déjà toute une "sécurité sociale" privée en place, qui marchait très bien avant qu'on la collectivise). Cela ne veut pas dire non plus qu’on puisse asservir une partie de la population au bénéfice d’une autre sous un prétexte de "solidarité" - prétexte qui ne sert qu'à faire vivre des parasites étatiques et des politiciens inutiles.
3 commentaires:
Avec cet échange, nous atteignons un sommet de la réflexion sur l'existence. Compliments et merci !
Ne serait-il pas intéressant de discuter sur l'entraide plutôt que sur la solidarité ?
Le terme d'entraide semble impliquer une réciprocité, alors que celui de solidarité, au moins dans son acception étatique, n'en implique pas. D'où d'ailleurs la dérive qui veut rendre cette "solidarité" obligatoire...
Oui, l'entraide est... obligeante.
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